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28 octobre 2019

Entretien avec Olivier Bacin

Olivier Bacin est architecte et créateur de l’agence Labo qui gère des projets d’architecture, d’architecture intérieure et de design d’objet.

La semaine dernière, aux côtés de Clothilde Honnet, architecte et enseignante à l’école, il a encadré les étudiants de 4e et 5e année pour un workshop dédié à l’aménagement de 40 chambres d’un château destiné à devenir un hôtel 3*.

 

Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

Après l’obtention de mon diplôme à l’école d’architecture de Grenoble et de mon HMONP (habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre en son nom propre) à Paris, je suis parti à Shanghai. J’étais curieux de découvrir le monde et à cette période la Chine était en pleine construction de l’exposition universelle. De retour à Paris, j’ai rejoint le studio d’Odile Decq pour qui j’ai travaillé sur des concours à grande échelle (bureaux, logements, musées…). C’est là-bas que j’ai expérimenté pour la première fois l’architecture d’intérieur notamment pour le projet du restaurant de l’Opéra Garnier à Paris. Une expérience qui m’a beaucoup plu car à l’instar de l’architecture où l’on travaille sur des projets sur le long termes qui peuvent parfois ne pas aboutir, en architecture d’intérieur on travaille beaucoup sur les matériaux et l’ambiance avec une temporalité plus rapide, on voit donc rapidement aboutir le fruit de ses recherches et de son travail. Puis j’ai quitté Paris pour New York où j’ai évolué au sein de plusieurs agences : Asymptote architecture sur de grands projets et Studio Gaiä sur des projets d’architecture d’intérieur en hôtellerie 5* comme le W Bogota en Colombie ou le Ritz Carlton Herzliya en Israël. Et comme tout architecte, j’avais le rêve de créer mon agence, je suis donc revenu en France où dans un premier temps j’ai dirigé le studio d’architecture d’Ora Ito.

Aujourd’hui, je suis l’heureux créateur de LABO (Living Architecture Bacin Olivier), mon agence qui propose aussi bien du design d’objet, de l’architecture et de l’architecture d’intérieur.

Qu’avez-vous envie de transmettre aux étudiants ?

Bien qu’au cours de mes études j’ai assisté certains professeurs, ce workshop était une première pour moi ! Je vois l’enseignement comme la transmission d’une passion, d’un métier, le plaisir d’échanger parce que même si l’objectif principal est l’enseignement du professeur vers l’étudiant, ils nous le rendent aussi beaucoup. Au-delà des savoirs techniques, je pense que l’intérêt pour l’étudiant est le retour d’expériences professionnelles. On peut partager avec eux, les bonnes ou mauvaises pratiques dans le but de servir leur apprentissage.

Quel est le rôle du designer dans le design d’espace ?

À mon sens, son premier rôle est d’emmener le client là où il ne s’attendait pas à aller ! C’est l’exercice le plus difficile car certains clients savent, ou du moins, pensent savoir ce qu’ils veulent mais n’étant pas des professionnels, ils n’ont pas les connaissances techniques ou la créativité pour imaginer ce que le designer va leur apporter. Ensuite, il faut que le projet réponde au besoin du client, donc il faut à la fois tenter d’emmener le projet le plus loin possible tout en répondant à la demande.

Quelle est votre méthodologie pour appréhender un projet de design ?

C’est une bonne question ! Car ayant eu un parcours assez diversifié dans pas mal d’agences différentes, je n’ai pas une méthodologie qui est construite de manière stricte c’est plutôt assez intuitif ! Au final, tout dépend de la temporalité de chaque projet, si j’ai le temps ou pas de me pencher longuement sur les recherches. Car à l’école on prend le temps de se poser les bonnes questions, de faire de la recherche, d’essayer de créer des choses nouvelles, mais dans la vie professionnelle, on est confronté au facteur temps qui est un facteur économique hyper important. Personnellement en tant que jeune agence on fait appel à moi pour cette agilité à répondre aux demandes dans un temps imparti très court. Par conséquent je suis souvent amené à conception et à produire en même temps. Mais j’ai aussi parfois la chance de travailler sur des projets pour lesquels j’ai carte blanche et là, je prends le temps de travailler sur la typologie du projet ou sur la matière, les ambiances… j’insiste sur le travail de typologie  car avec l’ère du numérique, de l’ubérisation, de partage de services, l’immobilier évolue. Par exemple le co-working, le co-living, sont des sujets sur lesquels je travaille pas mal et pour lesquels la phase de recherches est primordiale. 

Après une semaine aux côtés de nos étudiants, quel est votre ressenti ?

Ça a été une semaine intense et passionnante, on aurait aimé aller plus loin sur le projet car la semaine est passée trop vite ! Ce type de projet de grande échelle est assez complexe puisqu’il englobe de l’espace, de l’objet et de la communication. Sachant que les étudiants ne suivent pas tous un parcours exclusivement lié au design d’espace ou à l’architecture, je trouve qu’au vue de la complexité de l’exercice, ils s’en sont plutôt bien sortis. Donc un peu de frustration parce que nous n’avons pas pu pousser davantage la réflexion mais je suis aussi curieux de voir la suite qui sera donnée au projet par l’étudiante de 5e année qui l’a choisi en projet de diplôme, et qui a en main aujourd’hui un beau cahier d’idées pour travailler avec le client. 

Un conseil à nos futurs designers ?

Quand j’étais étudiant, on m’a souvent dit que créer son agence était extrêmement difficile, c’est financièrement très compliqué et je veux leur dire que c’est vrai ! Il faut avoir cela en tête mais ce n’est pas impossible car il faut croire en ses rêves, toujours foncer. Quand on est designer ou architecte, quand on exerce dans les métiers de la création, il faut avoir foi dans ce que l’on fait. Si on veut faire du travail de qualité il faut se faire confiance. J’ai également envie de leur dire de toujours rester curieux et d’apprendre sans cesse car c’est la beauté de ce métier que d’apprendre chaque jour un peu plus.