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19 février 2019

Entretien avec Nathalie Montigné – Directrice du Pavillon #Presqu’île de Caen

Géographe de formation, Nathalie Montigné a longtemps travaillé pour des services municipaux d’urbanisme à Besançon et Caen, où elle avait en charge des projets de mutation, de restructuration de site ou de création de zones d’habitats. En 2012, la mairie de Caen lui demande de réfléchir à un projet de lieu dédié à l’architecture et à l’urbanisme fédérant habitants et acteurs du territoire. Le Pavillon #presqu’île de Caen voit le jour en 2014 et elle en prend la direction. Tout en restant dans le domaine de l’urbanisme et de l’architecture, elle a changé de métier du jour au lendemain, passant de chargée d’opérations à la direction d’un lieu culturel avec, entre autres, de la programmation et de la régie d’exposition.

Elle est venue lors d’une conférence, partager avec nos étudiants, son engagement militant professionnel et personnel autour de thématiques précises : la frugalité, l’hospitalité et le design social.

Qu’est-ce que le Pavillon #presqu’île de Caen ?

C’est un lieu gratuit ouvert à tous, dédié aux thématiques liées aux territoires, à l’architecture, à l’urbanisme et au paysage. Les missions du Pavillon sont multiples : c’est tout d’abord, un observatoire des mutations du territoire et d’accompagnement de projets menés sur ces thématiques. Nous sommes dans une démarche citoyenne, de sensibilisation au fait urbain par des actions de médiation notamment (ateliers pour enfants, familles, écoles…). Mais le Pavillon offre également un voyage constant par le biais d’expositions qui éclairent les visiteurs sur ces thématiques, leur permettent de se construire des références, de se nourrir de ce qui se fait ailleurs pour que chacun puisse s’approprier l’espace urbain. En cinq années d’existence nous avons accueilli plus de 65 000 personnes autour de 50 expositions et rencontres invitant à comprendre, partager et débattre.

À titre personnel, vous êtes engagée dans le wip, pouvez-vous nous en dire plus ?

Le wip – work in progress – est une association née de la volonté de redonner vie à l’ancien site industriel de Colombelles en construisant un projet de tiers lieux viable. Le site collaboratif de la Grande Halle prévoit d’accueillir au même endroit, des espaces de coworking, des résidences d’artistes, des entreprises, des services aux habitants, des espaces de loisirs et des événements ouverts à tous. Ce qui m’amine dans ce projet c’est qu’il repose sur des valeurs qui me parlent, telles que la pluridisciplinarité, l’économie circulaire et l’inclusion sociale. Au wip, nous sommes dans une démarche de co-construction, de création de valeurs, tout ce que l’on fait, on le fait ensemble car chacun à son niveau à son rôle à jouer pour améliorer les choses. Alors qu’à la direction du Pavillon, je travaille davantage sur de l’accompagnement pour donner un éclairage, des clés de compréhension de nos territoires.

 Sur ces thématiques d’aménagement, quel rôle le designer a t’il à jouer  ?

Créer des lieux communs, participer ensemble, co-construire, c’est l’essence même du design social. Ces valeurs sociales et sociétales invitent à de nouvelles façons de travailler, voient l’émergence de nouvelles pratiques collaboratives qui privilégient les partenariats, la frugalité, l’expérimentation de nouvelles démarches, comme la création de plateforme de réemploie de matériaux par exemple. À mon sens, il est indispensable de créer des passerelles entre les différents acteurs : architectes, urbanistes, designers et ingénieurs. Tous doivent participer au débat pour redonner pleine parole à l’usager. Dans la gestion de projet d’aménagement, le designer doit être à l’écoute de la commande, de l’usage, des usagers. Par son regard transverse, il est un des acteurs incontournables pour expérimenter et proposer des innovations plus durables pour notre société.

En intervenant auprès de nos étudiants designers, qu’avez-vous envie de leur transmettre ?

J’ai envie de leur dire qu’ils doivent être un peu curieux, beaucoup se documenter, être bienveillants et s’ouvrir aux autres et sur ce qui se fait ailleurs. Personnellement, je trouve que le plus intéressant c’est avoir l’aller-retour entre ce qui se fait sur le territoire et ce qui se fait ailleurs.